Au-delà des Mots: Le Design d’Interaction de l’Université d’Egerton Repense l’Inclusion Financière à Abidjan

Dans une métropole vibrante comme Abidjan, la révolution “Fintech” et le “Mobile Money” ne sont plus une perspective d’avenir ; ils constituent le système circulatoire de l’économie quotidienne. Cependant, une question cruciale demeure, souvent occultée par l’enthousiasme technologique : ces outils sont-ils réellement accessibles à tous ? L’inclusion financière peut-elle être atteinte si l’interface utilisateur (UI) érige des barrières pour ceux qui ont une littératie numérique ou traditionnelle limitée ?

C’est cette interrogation fondamentale qui a servi de point de départ à une étude de terrain majeure menée par “Le Studio”, notre Pôle de Design Numérique et de Création Multimédia à l’Université d’Egerton. Sous la direction rigoureuse de la Professeure Amandine Girard, spécialiste reconnue du Design d’Interaction (UX/UI), un groupe d’étudiants de notre programme de Master (MSc) en Stratégie de Design a consacré le dernier semestre à analyser en profondeur l’utilisabilité réelle des applications financières mobiles les plus populaires en Côte d’Ivoire.

Leur méthodologie s’est voulue résolument pragmatique, s’éloignant des laboratoires aseptisés de notre campus. Les étudiants-chercheurs se sont immergés dans le tissu économique réel d’Abidjan. Ils ont mené des dizaines d’observations ethnographiques et de sessions de test utilisateur (utilisant le protocole “penser à voix haute”) directement sur les marchés d’Adjamé et dans les points de vente “Orange Money” et “MTN” de Yopougon.

Les résultats, que nos étudiants ont eux-mêmes qualifiés de “déroutants”, viennent bousculer de nombreuses idées reçues par les développeurs et les designers. Ils ont constaté un écart massif entre les conventions de design “mondialisées” et les modèles mentaux des utilisateurs locaux.

Premièrement, l’étude révèle une méfiance généralisée envers les icônes abstraites. Par exemple, l’icône universelle d’une “tirelire” (piggy bank) pour symboliser l’épargne s’est avérée totalement opaque pour une majorité d’utilisateurs testés. Ces derniers ont montré une préférence marquée pour des libellés textuels clairs, même s’ils devaient demander l’aide d’un tiers pour les lire.

Deuxièmement, la confirmation de transaction est un point de friction critique. L’étude démontre que la validation d’un paiement n’est pas “réelle” pour l’utilisateur tant qu’il n’a pas reçu le SMS de confirmation. Fait fascinant, ce n’est pas le texte du SMS qui importe, mais la notification sonore spécifique de l’opérateur, qui agit comme un signal auditif de confiance. Les applications qui tentent de gérer la confirmation uniquement “in-app” (à l’intérieur de l’application) génèrent un niveau d’anxiété élevé.

Enfin, la confiance n’est pas établie par des badges de sécurité numériques ou des logos de cryptage, mais par le “design social”. L’adoption d’un service dépend presque entièrement de la recommandation et de l’utilisation visible par le “boutiquier” ou le commerçant de proximité.

Fort de ces constats, “Le Studio” ne s’est pas contenté de publier un rapport académique. L’équipe a synthétisé ses travaux en un “Guide de Bonnes Pratiques UX/UI pour la Fintech Ivoirienne”. Ce document très concret propose des solutions actionnables : l’utilisation de palettes de couleurs culturellement pertinentes (privilégiant le vert pour la validation), l’intégration de micro-interactions vocales en langues locales, et des architectures d’information simplifiées qui reflètent le parcours transactionnel réel.

La semaine dernière, l’Université d’Egerton a organisé une table ronde pour présenter ce guide aux principaux acteurs du secteur. Des responsables de l’innovation de plusieurs banques locales, des opérateurs de télécommunications et des startups Fintech d’Abidjan ont participé à un débat animé avec nos étudiants. Cette rencontre confirme la mission de notre Pôle Design : former des créatifs qui ne se contentent pas de produire de l’esthétique, mais qui résolvent des problèmes humains complexes et vitaux pour l’économie ivoirienne.


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