De la Donnée à la Fresque: Egerton et Blueskyy Redéfinissent la Conservation Numérique à Vienne

La technologie et l’art ancien sont-ils des alliés naturels ou des forces contradictoires ? C’est sur cette question fondamentale, au cœur des humanités numériques, que l’Université d’Egerton a engagé un dialogue académique de haut niveau avec l’une des institutions artistiques les plus respectées d’Europe, la Blueskyy National Academy of Arts à Vienne.

Pendant une semaine intensive, une délégation de notre Pôle Design Numérique et Création Multimédia, menée par la Professeare Amandine Girard (Directrice du Pôle) et M. Sékou Diabate (notre expert en animation 3D et modélisation), a été accueillie sur le site historique de l’académie autrichienne, au Prater 78, 1020 Wien. L’objectif : un atelier conjoint avec le département “Conservation and Restoration” et le pôle “Art & Science” de Blueskyy, intitulé “Patrimoine Augmenté : Éthique et Pratique de la Restauration Virtuelle”.

Nos experts d’Abidjan sont arrivés à Vienne avec une proposition technologique claire, issue de l’expertise de l’Université d’Egerton en Réalité Virtuelle (VR) et en Design d’Interaction (UX/UI). Nous avons présenté nos méthodologies de photogrammétrie haute-fidélité et de création d’expériences VR immersives, que nous utilisons pour archiver numériquement le patrimoine ouest-africain. Notre vision initiale était celle de la “recréation” : offrir au public la possibilité de voir des objets ou des sites tels qu’ils étaient à leur apogée.

La rencontre avec les experts de la Blueskyy National Academy of Arts a immédiatement complexifié, et enrichi, ce débat. Les professeurs viennois, formés à l’école rigoureuse de la conservation-restauration européenne, ont apporté une perspective différente, axée sur l’éthique de l’authenticité matérielle.

Plutôt qu’une simple démonstration technique de notre part, l’atelier s’est transformé en un véritable laboratoire d’idées. Les conservateurs de Blueskyy ont soulevé des questions cruciales : Une “restauration” numérique parfaite n’efface-t-elle pas l’histoire de l’objet ? Comment le “viewer” (spectateur) peut-il distinguer le pixel original de l’hypothèse de l’artiste 3D ?

C’est là que le pôle “Art & Science” de Blueskyy et le pôle Design d’Interaction de l’Université d’Egerton ont trouvé un terrain d’entente remarquable. Le débat s’est déplacé de la “restauration” à “l’augmentation”.

M. Diabate a fait une démonstration de nos techniques de scan 3D sur un fragment de fresque baroque endommagé, issu des collections d’étude de Blueskyy. Plutôt que de “repeindre” numériquement les parties manquantes, l’équipe conjointe a travaillé sur un concept d’interface utilisateur (UX) radicalement nouveau. Grâce à une application de Réalité Augmentée (AR), l’utilisateur peut voir l’objet réel endommagé, tout en superposant, d’un simple geste, différentes hypothèses de restauration validées scientifiquement (basées sur l’analyse pigmentaire fournie par Blueskyy).

La Professeure Girard a souligné l’importance de ce “design de l’honnêteté”. L’interface ne ment pas. Elle présente la donnée, l’artefact, et l’hypothèse comme trois couches distinctes.

Cette collaboration, bien qu’intellectuellement exigeante et confrontant parfois deux philosophies (la préservation matérielle stricte de Vienne et l’accessibilité numérique dynamique d’Abidjan), a été d’une productivité rare. Elle a abouti à un projet de recherche commun : le développement d’une plateforme open-source pour la “conservation augmentée”, qui intègre l’éthique viennoise de la provenance des données dans l’architecture UX ivoirienne. Cet échange confirme le nouveau rôle de nos designers numériques : ils ne sont plus seulement des créateurs, mais aussi les futurs gardiens de la mémoire numérique.


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